26 septembre (2)

LE PASSÉ

Une petite lumière dans le ciel apparaissant
soudain entre
deux branches de pin, leurs aiguilles fines

gravées maintenant sur la surface éclatante
et au-dessus de ce
ciel haut et plumeux –

Respire l’air. C’est l’odeur du pin blanc,
très puissante quand le vent souffle à travers
et le bruit que cela fait est tout aussi étrange,
comme le bruit du vent dans un film –

Des ombres qui bougent. Les cordes
qui font le bruit qu’elles font. Ce que tu entends maintenant
est sans doute le bruit du rossignol,chordata,
l’oiseau mâlecourtisant la femelle –

Les cordes bougent. Le hamac
se balance dans le vent, attaché
fermement entre deux pins.

Respire l’air. C’est l’odeur du pin blanc.

C’est la voix de ma mère que vous entendez
ou est-ce seulement le bruit que font les arbres
quand l’air passe à travers

car quel bruit ferait-il
s’il ne passait à travers rien?

Louise Glück

Gallimard, Nuit de foi et de vertu, traduction Romain Benini

26 septembre

THE PAST

Small light in the sky appearing
suddenly between
two pine bouhgs, their fine needles

now etched onto the radiant surface
and above this
high, feathery heaven-

Smell the air. That is the smell of the white pine,
most intense when the wind blows through it
and the sound it makes equally strange,
like the sound of the wind in a movie-

Shadows moving. The ropes
making the sound they make. What you hear now
will be the sound of the nightingale, chordata,
the male bird courting the female-

The ropes shift.The hammock
sways in the wind, tied
firmly between two pine trees.

Smell the air. That is the smell of the white pine.

It is my mother’s voice you hear
or is it only the sound the trees make
when the air passes through them

because what sound would it make,
passing through nothing?

Louise Glück