30 juin

From a distance

Il y a toujours, dans notre travail, la nécessité de relier le passé au présent, l’intime à la réalité autre, le deux au multiple. Et le souci de ne pas communiquer, de ne pas utiliser le langage de tous les jours. Tendre à la poésie, au suspens que la poésie tente. Ici, nous avons été confrontés à la notion d’échelle (l’île au milieu de l’océan, nous au milieu de l’immensité visible.) Or, le réel ne peut se reproduire 1 sur 1. Nous avons donc utilisé les négatifs en les reproduisant 1 sur 1. L’image est petite. Surtout dans le contexte du spectacle, du grand écran. Elle est dense. Remplie. Comme la réalité. C’est aussi en noir et blanc. Une simplicité. Ou une décantation. Un dépôt. Oui, c’est ça, nous essayons de déposer. Toute photographie est une déposition aussi. Il y a ce calme de la déposition. Mais aussi la violence de l’acte. De la fin. De l’arrêt.

Évidemment c’est subjectif. Tout notre travail tente de montrer cette subjectivité. Qu’il n’y a de regards que singuliers. Sinon, ce ne sont pas des regards. Selon nous. Loin de l’exhibition. Il y a une nudité certaine. Du corps, de la pierre, du ciel. La réalité est toujours nue.

Une dizaine de photographies donc, et une page découpée de Poésies, Hans Faverey, éd. Vies Parallèles, 2019.

From a distance, pourtant il faut s’approcher. Garder la distance dans le proche. Quelque chose comme cela. Presque.

13 juin

Et un texte:

Le bleu a toujours été depuis Miró la couleur des rêves (in)certains. Et le ciel à Rome a des bleus denses, permanents, traversés. Le feu ne peut détruire les livres car nous, les résistants, nous les apprenons par cœur. C’est une lente répétition de souffles. Ceci dit, c’est est le bleu une tache et le titre est Photo. Non, ce n’est pas une tache, c’est un nuage de bleus. Traversant le blanc du ciel. Notre série de ciels sont des ciels photographiés.  Sur eux ou à partir d’eux plutôt, on peut lire un texte, un poème. Nous avons cherché des ciels qui nous surplombent, qui nous protègent, des ciels de lit aussi, l’enfance, la calligraphie.

La photo du lys – fleur reçue – a été faite à Bruxelles en octobre 2016. Le ciel était gris, le lys blanc. Le lys tache. L’annonciation.

Le Concetto spaziale de Lucio Fontana de 1960 est une constellation, avec des trous d’univers. Le ciel n’était plus une surface, il devenait profond, selon Giordano Bruno.

Santa Maria Antiqua nous a bouleversé. Le palimpseste surtout. L’éternelle superposition des temps romains. Des temps.

Le Tempietto de Bramante : l’absolu de sa rigueur (expérimentale).

Une étagère où chuta une branche, une tesselle, un polaroïd, une carte postale, deux glands. Fleurs, fruits, pubis, mosaïque.

Une photographie de ciel romain, le soir.

Giotto, Capella dei Scrovegni. L’Inconstance : le contraire de la vertu cardinale Force. Fragile déséquilibre. Roue de l’infortune. Sur un fond de ciel noir.

Pierre Henri de Valenciennes : le plein air (avant les Impressionnistes) est italien, le paysage historique, les études de ciel à Rome, notamment. C’est « le ciel qui donne le ton de fonds. » « C’est du ton du ciel que dépend tout l’ensemble d’un tableau. » Des nuages tout aussi bien. Cette fluidité qui va du permanent – du bleu permanent – du ciel, aux nuages.  (Les environs de Rocca di Papa, Etudes de ciel au Quirinal)

Statua, de Giuseppe Ungaretti. Il y a une statue (et d’autres statues mouillées) que nous croisons à chaque fois que nous venons à la librairie. Et une jeunesse à ses pieds. Cela suffit. Ce texte de 1927 est publié dans le recueil Sentiment du temps, « où il apparaît peu à peu, écrit Philippe Jacottet, que la vraie passion d’Ungaretti, c’est la lumière. »

Le tissu enrobe la déesse et le marbre est léger. Sous le ciel antique, l’abîme en statue, toujours, comme moment. Moment : Statua fit partie à l’origine d’un ensemble nommé 3 moments.

Paul Cézanne, Baigneuses (ca 1870) : les corps se déplacent dans l’espace, ils sont dits célestes. Un gamin de Vieste nous a dit cet été : le matin, la mer est céleste. Cézanne peint des Leda, des baigneuses, des Olympia, des pins et une montagne, tous, tous corps célestes.

Nobuyoshi Araki, la jeune femme, le ciel, le visage est un ciel, le ciel est un visage, le ciel est sexué, ardent, c’est une double page, c’est un livre, c’est l’infini visage de la rencontre.

4 juin

Encore quelques cartes postales d’intervalles, 1998-2001, celles de Bernard Queeckers, « ensuite,… et ensuite,… », celles de Michel Assenmaker, les deux troncs de la Chapelle de Monty: St Salomon, Ste Apolline, celles d’Olivier Foulon, Intervalles, 6 juin 1999 et Agencement pour une note, celles d’Alain Géronnez, Post-Cézanne 1/2: Paul Vanré 1982 et Post-Cézanne 2/2; Juan d’Oultremont 1998, celles de Martine Cloots, L’oreille gauche, dessin, du livre Terriens 1997 et L’oreille droite, dessin, 2001, celles de Jean-Paul Deridder, Bruxelles, 1995 et Berlin, 1998.

3 juin

intervalles, 2001, les deux cartes postales de Michel Aubry, Mise en musique de la chaise haute dessinée par Gerrit Rietveld, 1921/2000, canne de Sardaigne, cuir, 16 anches, et, Mise ne musique du fauteuil dessiné par Gerrit Rietveld, 1024/2000, canne de Sardaigne, contreplaqué peint, 15 anches, ainsi que les deux cartes postales de Jacqueline Mesmaeker, Du lapin considéré comme champ limite d’un espace pictural.

27 mai

Un coeur simple, une exposition collective, dans la Galerie Sans Titre, Bruxelles, 10 décembre 2009 – 30 janvier 2010. Avec Rachida Azdaou, Deborah De Robertis, Thomas Gevaert, Sherrie Levine, Assunta Ruocco, Cécile Vandernoot, Nadia Wadhwania, Céline Willame.

Pour Michel, détail, R. Azdaou, décembre 2009, 436 x 253 cm, feutre sur papier de soie tapissé.

Tu filmes pas quand j’écris? Règle n°13: Le mot érotisme sera remplacé par exotisme D. De Robertis.

Jacqueline Mesmaeker, détail, T. Gevaert, 2008, vidéo et images.

Pictures and Frames, détail, A. Ruocco, 2009, 4 x 6 inches paintings, 4 x 6 inches photo frames, A4 photo frame, three windows photo frame.

ELLE (Avec évidence.) (Saoule ou folle), elle sourit et elle crie. ELLE. ELLE.

ELLE. LUI. ELLE. Elle cherche, elle cherche, elle cherche. ELLE. (Presque maligne.) Ils se rapprochent. LUI; ELLE (Un temps.)

HA mon amour, détail, C. Vandernoot, 2009, édition, 12 x 19,5 cm.

Florence, N.Wadhwania, novembre 2009, photographie numérique.

C., arrêt sur image, C.Willame, 2009, vidéo, 11 min. 40 s.

Futur chapitre IV de Poser, roman, M. Assenmaker, images A.Fontenelle.

23 mai

« Inviter » : à l’invitation d’Enrico Lunghi, directeur, à l’occasion de l’ouverture du Casino Luxembourg- Forum d’art contemporain, « Inviter » présentait à chaque fois un travail d’On Kawara associé à une exposition personnelle; une exposition collective en somme mais étalée dans le temps, On Kawara toujours dans le hall d’entrée, les autres participants dans les deux mêmes salles du rez de chaussée. De l’ouverture 22 mars 1996 au 7 juin 1998.

Catalogue, conception Peter Downsbrough, Michel Assenmaker, 1998, 17 x 24 cm. Textes: Giorgio Agamben La fin de la pensée, Éric Brunier Claque et M.A. La baie des anges.