19 avril

mots, images, sons : 11 janvier 2018, 19h, Librairie Stendhal, Rome.

mots

J’aimais tout dans le monde. Et je n’avais
que mon carnet blanc sous le soleil.
Sandro Penna, Poésies

Par la lune d’été vaguement éclairée,
Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée
Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,
Dans la clairière sombre où la mousse s’étoile,
La Dryade regarde au ciel silencieux…
– La blanche Séléné laisse flotter son voile,
Craintive, sur les pieds du bel Endymion,
Et lui jette un baiser dans un pâle rayon…
– La source pleure au loin dans une longue extase…
C’est la nymphe qui rêve, un coude sur son vase,
Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.
– Une brise d’amour dans la nuit a passé,
Et, dans les bois sacrés, dans l’horreur des grands arbres,
Majestueusement debout, les sombre Marbres,
Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,
– Les Dieux écoutent l’Homme et le Monde infini!

Arthur Rimbaud, Soleil et chair,mai 70.

Chose défendue, obscure, le printemps.

Des années j’ai marché au long de printemps
plus obscurs que mon sang. Maintenant reviennent sur la Tamise
sur le Tibre les enfants transpercés de grands lys
les petites mères dans leurs nids d’acacias
l’heure éternelle sur d’éternelles métropoles
qui déjà se détachent, tremblent comme des navires
prêts à l’adieu.

Chose défendue,
obscure, le printemps.

Je vais sous les nuages, parmi les cerisiers
si légers que presque absents déjà.
Qu’y a-t-il qui ne soit presque absent à part moi,
morte depuis si peu, flamme libre?

(Et au coeur du buisson s’enflamment à nouveau les vivants
dans le rire, la splendeur, comme tu te rappelles,
comme encore tu les implores).
Cristina Campo, Élégie de Porland Road.

Vous êtes la tiède figure de notre douleur,
sur la terre douce
d’aliments pour votre légère rougeur,
vous passez avec ce sourire qui nous accable.

Reviennent les première ailes aux confins
du ciel, le soir
répand le calme triste des jardins
et muet le temps s’enroule autour de votre beauté.

Mais en vain, car votre caresse brûle, profonde
et inconnue,et en vous
sans limites le ciel se repose
de son éternité comme une feuille.

Et dans vos chaudes mains embaume
toute la fugitive
couronne de vos passions, tandis que chacune
porte la douleur de la jeunesse.
Mario Luzi, Jouvencelles, 1936.

acrobate (n.m.) est celui qui marche tout en pointe (des pieds):(tel, du moins, pour l’étymon): mais ensuite il procède, naturellement, tout en pointe de doigts, aussi, de mains (et en pointe de fourchette):et sur sa tête: (et sur les clous,en fakirant et funambulant):(et sur les fils tendus entre deux maisons, par les rues et les places: dans un trapèze, un cirque, un cercle, sur un ciel):
il voltige sur deux cannes, flexiblement, enfilées dans deux verres, deux chaussures,
deux gants: (dans la fumée, dans l’air):pneumatique et somatique, dans le vide
pneumatique: (dans de pneumatiques plastiques, dans des fûts et bouteilles): et il saute mortellement:
et mortellement (et moralement) il tourne:
(ainsi je me tourne et saute,moi, dans ton coeur):
Edoardo Sanguineti, début de Corollaire.

images

Leonardo da Vinci, A Book of Drawings, diaporama, 14 min 32 s.

Sons

György Kurtág, Blumen die Menschen, nur Blumen…, György et Márta Kurtág, Jatekok

Jean-Sébastien Bach, Triosonate in Es-Dur I, 1 (BWV 525), György et Márta Kurtág, transcription

12 avril

estratti, suite à l’invitation de Roberta Melasecca, directrice artistique d’Interno 14, Rome et de Marie-Ève Venturino, directrice de la Libreria Stendhal (librairie française de Rome).

estratti, Interno 14

Une des origines de cette exposition est le tableau Amour sacré et amour profane du Titien de la Galerie Borghese. Une autre, la publication par Giulio Carlo Argan, en 1950, de son livre sur ce tableau où les reproductions sont à l’échelle 1/1. Nous avons reproduit à l’échelle 1/1 des pages du n°9 de 2015, les 19 pages de l’Amor sacro e l’amor profano et 12 copies de photographies du Forum romain. Une autre origine encore, le début de Polichinelle ou Divertissement pour les jeunes gens en quatre scènes de Giorgio Agamben. Polichinelle: « Allongé sur l’herbe sous le mont Janicule, j’observe les nuages qui passent au-dessus de moi. Ils résistent, ils changent de forme, ils se défont. Ce n’est pas ainsi qu’a évolué la forme de ma vie. Cela fait longtemps que l’envie m’était venue de chercher de toutes mes forces s’il y avait au ciel ou sur la terre une chose telle que si je l’avais trouvée, je pourrais jouir éternellement d’un bonheur juste et sans interruption. Et il fallait bien que je fusse resté d’une certaine manière fidèle à ce désir, puisqu’il me semblait parfois que j’avais pu jeter un regard sur mon petit bout de ciel (comme Fabio l’appelle), même si je ne l’avais certes pas trouvé dans les lieux où on a l’habitude de le chercher. » Comme l’exposition avait lieu dans deux espaces différents, presque sans budget, nous sommes arrivés à Rome avec une valise remplie de feuilles 32 x 45 cm, de publications et de quelques photographies pour les vitrines de la librairie. L’échelle, le texte, la couverture, tels étaient nos points d’appui. Dans la librairie, les reproductions des n°s 10 et 10 bis; dans la vitrine de gauche, un extrait de Soleil et chair de Rimbaud dans un ciel romain; dans la vitrine de droite, des photographies…

estratti, Libreria Stendhal

Rutilius Namatianus, Bruxelles, 2017, photographie numérique, 22 x 27,5 cm.

Ciel, 2017, photographie numérique, 900 x 1200 cm.