14 avril

Oui, performance, Céline Willame, 9 novembre 2013, sur l’invitation d’Ella Klaschka, artiste, Hôtel Bogota, Berlin.

Le Bar Vulkan, nom d’un groupe d’artistes femmes, organise des soirées où se mêlent performances et boissons, à Berlin, Vienne, Düsseldorf, Florence, Liverpool… Lors de la soirée à Berlin, plusieurs artistes ont performé. On y parlait et lisait à haute voix en allemand, français, anglais, italien, hébreu, russe, espagnol,…

Performance : projection d’une diapositive et lecture :

« Le début du texte, un oui. Un oui qui déborde de lui-même, qui ne s’arrête pas, violent. C’est le oui d’une femme. Un oui de joie. Oui, ça commence avec la joie. Il n’y a pas de réponse à ce oui, dans le texte. Seulement le silence d’un homme qui entend le oui. À côté du texte, il y a la photographie d’un masque, d’un portrait funéraire d’une femme en buste. Ça n’a pas été pensé, c’est venu comme ça. Elle porte des grappes de fruits et des fleurs. Son vêtement glisse depuis la nuque. Elle a le regard fixe, comme lui son regard sur la mer, plus loin. – Il y a une seconde image. C’est un détail. Un détail qui l’isole d’elle-même, qui la donne à voir. Deux pieds nus sur un drap blanc. Le corps maintenant est nu. L’appui du corps est vague, il semble s’abandonner. On voit la nudité jusqu’à l’espace vide des jambes. Après, on ne sait pas. Il y a le ciel. – À côté des pieds nus, sous les pieds plutôt, par le bas, il y a un autre détail, un rapprochement sur une chute d’eau. C’est vif, rapide, abondant. C’est une image qui remue la boue comme une brutalité nue. – En tournant la page, on passe de ce qui abonde aux bonds de corps qui, dans l’informité de l’image, on ne sait, dansent ou chutent. C’est une chute qui ne correspond plus à celle de la cascade. C’est une chute muette. Ça s’égare autrement, sans fracas. À ce stade-ci, on ne peut plus parler de la forme d’un corps. – L’autre image, c’est lui, face à la vague. Face au vert de la mer. On le voit qui regarde l’image. Il regarde fixement la mer. C’est une violence étroite qui confond son corps à l’image. Je crois qu’il est perdu à cause du oui, à cause de la mer, c’est janvier. La mer est là. Elle passe les étés, elle passe à travers la violence des évènements. Quand on la regarde, les choses autour deviennent fugaces, comme des bouts de rires qui éclatent. – Puis c’est l’hiver. Le bleu. Le bleu de la neige. Je vois le mouvement, le jeu des deux chapeaux peints des braconniers qui frappent dans le silence. Ce sont deux silhouettes noires qui rompent la blancheur permanente, ils apparaissent dans la force de l’été et de la lumière d’où nous étions alors pour regarder le tableau. C’est peut-être pour cela aussi que c’est bleu. – Ensuite, il y a l’image d’un autre été. C’est la danse de taureaux, de chevaux et d’hommes. L’image est trouble. C’est une image qui tremble. Qui sort d’elle-même. La lumière est forte. La charge du taureau est, jusqu’au bout, frontale. C’est noir à cause de la lumière. – Les tableaux que j’écris, ce sont des corps qui résistent et s’abandonnent à eux-mêmes. Je regarde ces images qui combattent contre le rien. Le oui du début traverse le texte et les images. Il y a les mois et les années, pour chaque photographie. Il y a le temps des images. – La dernière image est un dessin. Ce sont des fleurs, peintes noir sur blanc, comme des guirlandes dressées, ouvertes, riantes. Venues d’un regard attentif. »

(Céline Willame, 2013)

Bernd Lohaus, diapositive Michel Assenmaker, Gand, 1987.